Rachat de crédit : quand c'est vraiment rentable (et quand ce n'est pas)
Le rachat de crédit immobilier — ou renégociation de prêt — consiste à rembourser son crédit en cours pour en contracter un nouveau à un taux plus avantageux. Dans un contexte de baisse des taux, nombreux sont les emprunteurs tentés par l'opération. Mais elle n'est pas toujours rentable. Voici la méthode pour trancher objectivement.
Qu'est-ce que le rachat de crédit ?
Il existe deux variantes :
- La renégociation : vous négociez directement avec votre banque actuelle une baisse de taux, sans changer d'établissement. Les frais sont limités (avenant au contrat). En contrepartie, le pouvoir de négociation est moindre.
- Le rachat externe : une autre banque rembourse votre prêt actuel et vous accorde un nouveau crédit à un taux inférieur. Les frais sont plus importants (IRA, frais de dossier, nouvelle garantie) mais le gain potentiel est plus élevé.
La règle d'or : gain > IRA + frais
Une opération de rachat n'est rentable que si le gain total sur les intérêts économisés est supérieur à l'ensemble des frais engagés. Ces frais comprennent :
- Les indemnités de remboursement anticipé (IRA)
- Les frais de dossier de la nouvelle banque (300 à 1 000 €)
- Les frais de garantie : mainlevée d'hypothèque ou résiliation de caution, plus souscription d'une nouvelle garantie (1 à 2 % du capital)
- Les éventuels honoraires de courtier
La règle empirique : un rachat mérite d'être étudié sérieusement si l'écart de taux est d'au moins 0,7 à 1 point et si vous avez encore plus d'un tiers de la durée initiale à rembourser.
Le calcul des IRA (indemnités de remboursement anticipé)
Les IRA sont légalement plafonnées au plus faible des deux montants suivants :
- 3 % du capital restant dû au moment du remboursement
- 6 mois d'intérêts au taux moyen du prêt calculés sur le capital remboursé
Exemple : capital restant dû de 180 000 €, taux actuel de 2,5 %.
- 3 % du capital : 180 000 × 3 % = 5 400 €
- 6 mois d'intérêts : 180 000 × 2,5 % ÷ 2 = 2 250 €
Les IRA applicables seront de 2 250 € (le minimum des deux). Notez que certains contrats prévoient une clause d'exonération d'IRA en cas de rachat par la même banque, ou en cas de vente du bien suite à un accident de la vie.
Exemple chiffré complet : rachat rentable ou non ?
Situation : prêt immobilier de 200 000 € contracté il y a 5 ans à 3,8 % sur 20 ans. Capital restant dû : 165 000 €. Durée restante : 15 ans. Taux proposé par la nouvelle banque : 2,8 %.
Gain estimé sur les intérêts restants :
- Intérêts restants au taux actuel (3,8 %, 15 ans, 165 000 €) : environ 47 500 €
- Intérêts au nouveau taux (2,8 %, 15 ans, 165 000 €) : environ 34 200 €
- Gain brut sur les intérêts : environ 13 300 €
Frais de l'opération :
- IRA (6 mois d'intérêts à 3,8 % sur 165 000 €) : 3 143 €
- Frais de dossier nouvelle banque : 800 €
- Frais de garantie (mainlevée + nouvelle caution) : environ 2 500 €
- Total frais : environ 6 443 €
Gain net : 13 300 – 6 443 = 6 857 €
L'opération est rentable. Le point mort (break-even) intervient après environ 7 ans de remboursement du nouveau crédit, ce qui est pertinent puisque l'emprunteur a encore 15 ans devant lui.
Quand le rachat n'est pas rentable
Le rachat est peu ou pas rentable dans les situations suivantes :
- L'écart de taux est inférieur à 0,5 point : les frais absorbent une grande partie du gain.
- Vous êtes dans la dernière moitié du crédit : la part d'intérêts dans les mensualités a déjà diminué significativement (amortissement progressif).
- Vous comptez revendre le bien dans moins de 3 ans : vous n'aurez pas le temps d'amortir les frais.
- Votre contrat d'assurance emprunteur actuel est très avantageux et serait perdu lors du rachat.
À qui s'adresser : courtier ou banque directement ?
Un courtier spécialisé en rachat de crédit peut accéder à des grilles tarifaires préférentielles et comparer plusieurs établissements simultanément. Il est généralement rémunéré par la banque choisie (commission) ou par des honoraires à votre charge (à vérifier). Pour les dossiers complexes (montants importants, situation professionnelle atypique), le courtier offre un réel avantage. Pour les profils simples, une démarche directe auprès de deux ou trois banques peut suffire.